Risques et préjudices sexuels
Adolescents et préadolescents sont à un âge où ils commencent à découvrir leur sexualité. Parallèlement ils sont aussi extrêmement actifs sur le Web social – aussi appelé Web 2.0. Ils utilisent Facebook, discutent dans les bavardoirs ou les mondes virtuels comme Second Life ou World of Warcraft.
Il est donc inévitable que la sexualité soit un thème qui émerge dans leurs échanges en ligne. D’ailleurs, beaucoup de jeunes se sentent plus à l’aise en ligne pour flirter que lorsqu’ils sont face à face. Mais même si ces comportements sont naturels du point de vue développemental, ils ne sont pas sans risques du fait qu’ils se déroulent dans le monde globalement connecté et anonyme d’Internet.
Sexualité à l’ère d’Internet
Une récente étude a questionné les jeunes sur tous les cas de sollicitations sexuelles dont ils ont été la cible (et non seulement les cas rapportés à la police) : il s’est avéré que moins de 10 pour cent de ces sollicitations émanaient d’adultes de plus de 21 ans. La plupart provenaient de personnes proches de ces jeunes en âges. Bref, la majorité des sollicitations sexuelles en ligne se font entre jeunes.Ainsi le montre la pratique du sexto chez les jeunes. Un sexto, mot-valise formé de « sexe » et de « texto », est un message ou une photo de nature sexuelle, qu’on envoie généralement à son ou sa petit/e ami/e. Selon le Pew Internet & American Life Project, 4 pour cent des 12-17 ans en ont envoyé, et 15 pour cent en ont reçu ; ces pourcentages montent respectivement à 8 pour cent et 30 pour cent pour les jeunes âgés de 17 ans.
Le sexto est utilisé par les jeunes dans trois contextes typiques : comme un substitut à l’activité sexuelle chez des jeunes qui ne sont pas encore actifs sexuellement (généralement à la fin du primaire et au début du secondaire), comme marque d’intérêt amoureux envers une personne avec laquelle on souhaite nouer une relation amoureuse, et comme une partie de la relation amoureuse chez les adolescents sexuellement actifs : s’échanger des photos dénudées est une preuve de son engagement envers l’autre.
L’attitude des jeunes face au sexto varie considérablement : certains jeunes décrivent ces pratiques comme « sans grande importance », les décrivant même comme « moins risquées que des relations sexuelles réelles ». D’autres, des filles surtout, se sentent forcés à donner de telles photos. Et même lorsqu’on voit la pratique comme « sans importance », elle peut le devenir – lorsque ces images et messages intimes se retrouvent distribués à une audience plus large.
Tout ce qui vient d’être dit à propos du sexto vaut également pour ce qu’un jeune fait devant sa webcam : ces images, transmises via Internet, peuvent elles aussi être sauvegardées, dupliquées et diffusées sans que le jeune puisse rien y faire.
Les parents, les écoles et la loi essaient de trouver la meilleure façon de réagir à ce problème. Aux Etats-Unis, la pratique du sexto a valu à certains jeunes des inculpations pour pornographie infantile. Au Canada, même si aucun jeune n’a jamais été inculpé pour distribution de pornographie, ces actes ont tout de même des implications légales.
Les experts pensent à juste titre qu’une réponse « exemplaire » au sexto ne fasse que re-victimiser des jeunes dont les photos intimes ont été rendues publiques, ou humilient de jeunes couples échangeant des photos sexuelles. La peur de telles conséquences ne feraient qu’empêcher les jeunes à chercher de l’aide lorsque les choses tournent mal.
C’est avant tout le contexte qui doit guider la réaction des adultes face aux sextos : était-ce juste une blague entre amis ? Ou quelque chose de privé entre amoureux ? Y a-t-il eu pression ? L’un des protagonistes était-il mal intentionné ? Il est évident que selon le contexte, la réponse sera différente.
Si le sexto fait partie d’un échange amoureux, ou d’une plaisanterie entre amis, les parents parleront à leurs enfants des risques d’un tel comportement.
S’ils découvrent par contre que le sexto a des conséquences négatives qui échappent à l’intéressé, il faut peut-être envisager de contacter l’école ou les instances légales. Pour ce cas de figure, la priorité pour les parents sera de soutenir le jeune, et de minimiser pour lui/elle les risques possibles d’humiliation et d’embarras.
Dans tous les cas, et de manière préventive, il est important d’inciter les jeunes à réfléchir avant d’envoyer quoi que ce soit en ligne. Une fois envoyée, une image échappe à tout contrôle. La règle d’or pour toute image est de se demander : « Est-ce que je voudrais que mes… (parents, voisins, profs, pairs) voient cette photo ? » – si vous n’êtes pas prudents, il se pourrait justement qu’ils la voient.
Cyberprédateurs
Lorsqu’on évoque les risques et les préjudices sexuels sur Internet, la grande majorité des gens pensent immédiatement aux prédateurs sexuels. Du fait de son caractère spectaculaire, le sujet est régulièrement abordé dans les médias, contribuant à le faire apparaître comme une préoccupation de premier plan.La réalité est tout autre, cependant. La protection des enfants en ligne est un sujet grave, mais il est important de relativiser le problème et d’éviter la panique.
Le problème en chiffres
En 2002, le Code criminel canadien a été amendé afin de rendre illégal le fait de contacter un enfant sur Internet pour tenter de l’exploiter sexuellement.
Depuis lors, les cas rapportés de leurres d’enfants ont augmenté de façon significative. Mais il est difficile de savoir si cela est dû à une réelle augmentation du nombre d’incidents, ou au fait que les gens se sont mis à plus signaler ces cas, ou même que ces chiffres reflètent une utilisation accrue d’Internet par les jeunes.
Ce que l’on sait, en revanche, c’est qu’en 2006 et 2007, 464 incidents de leurre d’enfants sur Internet on été rapportés par la police sur tout le territoire canadien. Des poursuites ont été intentées dans 122 de ces cas, à la suite desquelles 89 individus ont été déclarés coupables.
Dans les cas débouchant sur des poursuites, les accusés étaient le plus souvent des hommes 18 à 34 ans, selon Statistique Canada.
Quelles stratégies les prédateurs sexuels emploient-ils ?
Contrairement au mythe répandu sur les prédateurs sexuels, la recherche montre que ceux-ci mentent rarement sur leur âge ou leurs motifs, lorsqu’ils prennent contact avec un jeune en ligne. Leur tactique n’est pas la tromperie mais la séduction : ils manifestent beaucoup d'attention, d'affection et de gentillesse envers les jeunes, les amenant à croire qu’ils sont réellement amoureux. La plupart des jeunes qui acceptent alors une rencontre en personne le font en sachant qu’ils vont s’engager dans une relation sexuelle – et d’ailleurs, dans 73 pour cent des cas, il s’agit de relations sexuelles répétées. Très peu de cas (5 pour cent) sont de nature violente. (Pour plus de détails, suivre ce lien.)
Quel est le profil des jeunes les plus à risque ?
Encore une fois, les résultats de la recherche vont à l’encontre d’une croyance répandue : les jeunes les plus à risque ne sont pas les plus jeunes, mais les 13-15 ans, et en particulier ceux qui se mettent volontairement dans des situations risquées : discuter avec des étrangers, flirter et parler de sexe avec eux, afficher des informations intimes dans des environnements non protégés, comme les sites de réseautage social. Ces jeunes à risque sur Internet sont les mêmes que dans le monde physique : ce sont ceux qui s’engagent dans des comportements risqués ou destructifs dans le monde physique, jeunes ayant des problèmes mentaux, victimes de violence domestique (sexuelle ou non), ou ayant des relations difficiles avec leurs parents ou tuteurs.
Comment reconnaître que votre enfant est ciblé ?
Voici quelques indices vous permettant de reconnaître que votre enfant est la cible d’un prédateur ou exploité sexuellement :
- Votre enfant passe beaucoup de temps seul/e en ligne.
- Vous retrouvez de la pornographie ou des photos sexuelles sur son ordinateur.
- Votre enfant reçoit des coups de téléphone de gens que vous ne connaissez pas ou fait des appels, parfois interurbains, à des personnes dont le nom ne vous dit rien.
- Votre enfant reçoit du courrier, des cadeaux ou des colis d'une personne que vous ne connaissez pas.
- Votre enfant s'isole de la famille, ne voit plus ses amis, éteint rapidement l'ordinateur ou change la fenêtre de l'écran quand un adulte s'approche.
Conseils de sécurité
En tant que parents, nous voulons développer le plus tôt possible la résistance de nos enfants face aux choses de la vie. Cela comprend la façon de réagir au harcèlement et aux demandes qui les mettent mal à l’aise – que ce soit à l’école ou sur Internet. Au fur et à mesure qu’ils grandissent, on les aidera à repérer et à gérer la manipulation émotionnelle. En fait, la majorité des adolescents savent gérer les demandes d’étrangers en ligne. Ce qui leur pose le plus de problèmes est la façon de gérer les avances sexuelles venant de personnes qu’ils connaissent.- Discutez avec votre enfant du fait que dans une relation amoureuse saine, on ne pousse pas son partenaire à faire quelque chose qu’il ou elle n’a pas envie de faire – comme envoyer une photo dénudée de soi ou s’exhiber devant une webcam. Il y a d’autres façons de montrer à quelqu’un qu’on tient à lui, et qui n’impliquent pas un rapport de force.
- Insistez sur le fait que s’ils transmettent une photo suggestive qui ne leur était pas destinée (ou qui leur était exclusivement destinée), ils deviennent moralement et légalement responsables.
- Avertissez votre jeune qu’il y a des individus qui ciblent particulièrement les adolescents s’engageant dans des discussions sexuelles sur Internet.
- Expliquez-leur pourquoi le fait qu’un adulte ait des relations sexuelles avec un adolescent est problématique.
- Aidez-les à reconnaître les tactiques de « grooming » – ont-ils des amis virtuels qui sont « trop beaux pour être vrais » ?
- Conseillez à votre enfant de parler à un adulte en qui il ou elle a confiance, s’il se sent harcelé par qui que ce soit.
- Etablissez la règle que, si votre enfant veut rencontrer en personne un ami virtuel, il doit le faire accompagné d’un adulte de confiance.
- Demandez à vos enfants de vous donner leurs mots de passe pour leur messagerie instantanée ou leur réseau social, en leur expliquant que vous n’y accèderez que s’il y a un problème.








